J'écris pour toutes les filles. Toutes celles qui se sentent un peu putes, & n'osent pas l'avouer. Pour celles qui osent l'avouer, & qu'on regarde mal. Celles qu'on applaudit d'être aussi libérées, celles sur qui on va cracher, celles qu'on aimerait tondre, celles dont la sexualité envahissante nous indiffère.
J'écris pour celles qui ne rêvent à rien, ou qui voient le prince charmant dans leurs songes. Pour celles qui sont toujours vierges passé 25 ans, qui s'imaginent être prises entre une porte & un couloir. Celles qui refusent le sexe, qui l'abhorrent, qui en sont dégoûtées, mais qui toujours y pensent. Toutes les adolescentes qui ont perdu leur virginité trop tôt, à cause d'un pari ; celles qui ne l'ont pas perdue & se sentent en retard.
J'écris pour les mamans qui ont envie que le papa redevienne un mari, celles qui refusent qu'on les touche mais qui parfois en pleine nuit se réveillent trempées de désir. Celles qui rêvent de romantisme, de sexe tendre & amoureux, comme pour celles qui ont envie d'être attachées & traitées de salopes.
J'écris pour celles qui restent des gamines au fond d'elles-mêmes, celles qui sont trop vieilles pour leur âge. Celles que les lesbiennes excitent, celles que les lesbiennes dégoûtent, celles qui n'aiment que les femmes & osent l'avouer.
J'écris pour les filles qui aiment les filles, que ma prose excitera ; pour celles qui me trouveront trop triviale ou pas assez excitante. J'écris pour toutes celles qui sont trop moches pour trouver un bon amant. Pour toutes celles qui sont trop belles pour trouver l'amour. Pour toutes celles qui crèvent de leur banalité, pour toutes celles qui s'en foutent.
J'écris un peu pour les hommes. Ceux qui ont envie de se masturber derrière leur écran, ceux qui ont envie de rêver un peu en imaginant une fille au bout du clavier. Ceux que je répugne, ceux que j'indiffère.
J'écris un peu pour les hommes qui aiment les hommes, parce que mes histoires peuvent les intéresser, ou les indifférer complètement.
J'écris pour tous ceux-là, & tant d'autres encore, qui ne me liront sans doute jamais. Qui ne liront jamais les histoires des héritières de Lux Lisbon, de Lolita, d'autre Lula, des pécheresses qui se retrouvent embarquées un peu contre leur gré dans le péché de la chair. J'écris pour tous ceux que ça peut intéresser, j'écris pour moi, j'écris parce que j'en ai besoin. Quitte à être seule à me lire.